Petite Binh

Maman, grande travailleuse, éternelle voyageuse… mais aussi chercheuse de gens, de rencontres, d'humeurs, de couleurs et d'espoir d'un monde meilleur… utopique pragmatique?? "La vie c'est comme une pastèque… il faut l'ouvrir pour savoir si elle est jolie…" (in "Caramel" film de Nadine Labaki – Liban- 2007)

Petit Caillou 8 août 2008

Elles sont belles, mes chaussures de marche… C’est la première fois que j’en ai, on me les a achetées au marché aux puces, car cette année, on part en vacances à la montagne…
Ce matin, c’est ma première randonnée, avec ma grande sœur de 5 ans et mes parents. Ça fait quelques jours qu’on est arrivés à la montagne, le camping est super chouette, il y a même une piscine.. même si l’eau est froide, on se baigne tous les jours, ma sœur et moi.
Ce matin, on s’est levés tôt, car il faut marcher pendant qu’il fait encore frais. On s’est garés, puis chacun a mis ses chaussures de marche. Les miennes sont très belles, elles montent jusqu’en haut de la cheville et ont de beaux lacets rouges. Ça fait un peu drôle quand on marche, le pied est un peu serré. Tout le monde a l’air content de partir en randonnée, alors je me dis que ça doit être bien.
Il fait déjà chaud, et le chemin monte déjà beaucoup. Heureusement que maman me donne la main, c’est quand même plus facile. Ca fait un peu mal aux jambes de marcher sur cette pente qui monte, ma sœur marche devant, elle a récupéré un bâton, et elle s’appuie dessus à chaque pas.
La montagne est grande, on voit le sommet en haut, mais ça a l’air loin. On ne va pas aller jusqu’en haut, on va s’arrêter à un refuge, il s’appelle le refuge des Bancs. Il y aura des cascades, et si on veut, on pourra même se baigner dedans. Maman a dit que l’eau serait très froide car elle descend directement de la neige de la montagne, mais il paraît que c’est super de se baigner dans les torrents, quand on a beaucoup marché au soleil.
De toute façon ma sœur et moi, on adore se baigner, même si j’aime moins quand l’eau est froide.
Même si ça fait pas si longtemps qu’on a commencé à marcher, j’ai chaud et j’ai un peu mal aux jambes. La pente est pleine de cailloux et ça glisse, on dérape et c’est plutôt fatiguant. Quand je vois Papa et son gros sac à dos, je me demande comment il fait pour avancer si vite, là-bas tout devant. D’ailleurs, il m’a dit qu’il pourra me porter un peu vers la fin si je suis trop fatigué, mais je me demande comment il va pouvoir me porter alors qu’il a déjà ce gros sac.
J’ai déjà très soif, et là, Maman me montre un truc trop rigolo : c’est le sac du chameau : un tuyau sort de son sac, on le met dans la bouche et on aspire comme avec une paille ! C’est pratique, c’est pour éviter de sortir la bouteille à chaque fois qu’on a soif. Le Monsieur qui a inventé ça était vraiment trop fort. Alors, à chaque fois que j’ai un peu soif, je demande, et j’aspire dans le tuyau.
Le sac du chameau c’est bien, mais bon, la randonnée c’est difficile. Ça fait longtemps qu’on monte la même pente, heureusement, juste quand je n’ai plus de forces, ça devient plat et on traverse une petite forêt, où on marche à l’ombre ! Super, c’est quand même moins fatiguant !
Ma sœur a trouvé des mûres, elles sont bien grosses et toutes noires. Je préfère les framboises, mais c’est quand même bien sucré. Alors tous les 2 on marche en cueillant des mûres, il y en a plein de long du chemin. Maman nous raconte que ce qu’elle préfère, ce sont les myrtilles, mais il n’y en a pas dans cette randonnée, peut-être qu’un jour, on en verra dans une autre montagne. Les gens viennent en cueillir et les mettent dans des bouteilles en plastique. Ils font des tartes et de la confiture avec, moi, j’en ai jamais mangé, des myrtilles. En attendant, je crois bien qu’il faut que j’arrête de manger des mûres, finalement j’aime pas trop ça, et je suis sûr que ça va finir par nous faire mal au ventre.
Alors, c’est quand qu’on s’arrête ? Elle est où la cascade ? Papa dit qu’on n’a même pas fait le tiers de la randonnée ! Quoi ! un tiers ??? Mais il fait trop chaud, et la pente qui recommence à monter !
Juste au moment où j‘allais vraiment râler, Papa a vu un faucon, il nous le montre dans le ciel, et sort les jumelles de son sac. Ma sœur arrive à voir le faucon, mais moi, je ne vois rien dans ces jumelles, rien que le ciel tout bleu, mais pas de faucon.
De toute façon, j’aime pas trop les faucons, et les aigles, ils me font penser aux vautours qui me font peur dans les dessins animés.
Maman me donne la main et on commence à chercher des fleurs sur le chemin. Il y en a plein que je ne connais pas : il y a plein de colchiques, des campanules, des pensées… Ma sœur a appris avec le centre aéré une chanson qui parle de colchiques dans les prés, alors on commence à la chanter, c’est rigolo, ça parle des mêmes colchiques que dans cette montagne.
Il fait trop chaud pour voir des animaux de la montagne comme des chamois ou des marmottes (il faut se lever très tôt pour les voir parce qu’ils ne sortent que tôt le matin), mais on arrive quand même à voir des empreintes d’animaux, et aussi plein de crottes de lapins ou de biquettes. Il y en a plein le chemin, ça fait des petites boules noires, comme des grains de café ou des M and M’s marrons.
Finalement, avec tout ça, on est presque arrivés. Papa et Maman regardent la carte et nous disent qu’on est bientôt à un endroit du torrent où on peut s’arrêter pour se baigner et pique-niquer… Super !!!!!Enfin !!!
Mais bon, même si on est bientôt arrivés, il faut encore monter la pente…
Maintenant que j’y pense, j’ai faim ! Hier on a acheté des carottes râpées pour le pique-nique. Ce sont mes légumes préférés pour pique-niquer. Ma sœur, elle préfère le taboulé, ou la macédoine si Maman lui demande de choisir des légumes.
Pourquoi ils ont dit qu’on était bientôt arrivés, alors qu’on marche encore tout ça ?
Plein d’autres marcheurs nous dépassent, on doit se mettre de côté pour les laisser passer. Par contre, quand on croise des gens qui descendent, ce sont eux qui nous laissent passer. Il paraît que ça se passe toujours comme ça : ce sont ceux qui montent qui ont priorité.
J’en ai marre de cette randonnée, finalement on a fait que monter la pente, avec le soleil qui tape, et y’avait pas grand chose à faire, à part chanter des chansons du centre aéré et inventer des histoires. Maman nous raconte que ça lui fait drôle, car elle a fait la même randonnée avec Papy et Mamy quand elle était petite. Mamy lui montrait les fleurs, les champignons et lui racontait des histoires, à elle aussi, quand elle était fatiguée. Je comprends pas trop, parce que j’arrive pas à imaginer comment c’était quand Maman était petite et que c’était Papy et Mamy les parents…
Heureusement, juste quand j’avais envie de m’asseoir au bord du chemin et ne plus bouger, on entend le bruit de l’eau du torrent…
Derrière des petits arbres, on se faufile, et on voit l’eau qui descend de la montagne. Elle descend très vite, ça fait un peu de mousse et de près, ça fait tellement de bruit qu’on doit crier pour s’entendre. Elle est si claire qu’on voit les rochers à travers. Quand on se penche, on peut en attraper dans les mains. Elle est gelée, mais on peut la boire ! ça fait du bien de boire de l’eau fraîche ! On peut même s’en mettre sur le visage et dans le cou pour se rafraîchir. Ma sœur et Papa enlèvent leurs chaussettes et leurs chaussures et commencent à se baigner les pieds. Moi, je ne sais pas trop si j’ai envie de défaire mes lacets pour tout recommencer après… et puis l’eau est trop froide ! Mais Maman me propose d’enlever mes chaussures, parce que ça fait du bien aux pieds de prendre l’air et elle m’aidera à les remettre… elle a raison, les pieds étaient tout serrés, et on est trop bien sans chaussettes !
On s’installe pour le pique-nique, mais on a à peine sorti le pain, le saucisson et les carottes, que des guêpes nous attaquent ! Papa les chasse avec son journal, mais elle reviennent et tournent autour de nous… Tout le monde a peur, même Maman ; il n’y a que Papa qui essaye de les chasser, mais il y en a trop !
Alors on doit manger très vite, remettre les chaussures et s’échapper de cette super plage du torrent…. On n’a même pas eu le temps d’aller grimper sur les rochers !
Nous revoilà sur le chemin de la montagne. On n’est pas loin du refuge des Bancs, mais moi et ma sœur, on ne veut plus monter. Je veux rentrer au camping. C’est pas rigolo, la randonnée, et j’ai mal aux jambes !!!
Alors, pour descendre, ma sœur me prête son bâton, c’est plus facile pour descendre, car même si descendre c’est moins fatiguant que monter, il faut quand même faire attention, car on glisse avec les cailloux. Je dérape et je tombe deux fois sur mes fesses.
Maintenant quand on croise des gens qui montent, comme c’est nous qui descendons, c’est à nous de les laisser passer. Le plus souvent, les gens nous disent « Bonjour » et « Merci », des fois ils le disent en anglais ou en allemand, et nous on s’amuse à leur répondre « Hello » « You’re welcome »… Mais moi, comme je suis en dernier et que je ne veux pas qu’ils marchent pour rien et qu’ils soient déçus du torrent comme moi, je les préviens tous : dès qu’ils passent à côté de moi, je leur dis « C’est nul là-haut: y’a plein de guêpes, on peut pas pique-niquer ». Comme ça, ils sont prévenus, et si ils veulent,ils peuvent faire demi-tour, sans avoir à monter toute la pente. Mais ils n’ont pas l’air d’écouter mes conseils, la plupart rigolent quand je leur parle et continuent à monter.
Heureusement, on arrive déjà en bas . Finalement c’était pas si mal la randonnée, on a mangé des mûres, on a vu des traces d’animaux, j’ai récupéré une plume d’oiseau pour me faire une plume d’indien et on a ramassé des pommes de pin pour les peindre à la maison. En plus, on a vu des colchiques, on a chanté des chansons et on a joué au « Ni oui/Ni non » sur le chemin.
Et les parents vont nous acheter une glace pour le goûter, parce qu’ils sont fiers de leurs petits randonneurs. Comme quoi, il en faut pas beaucoup pour les contenter.

C’est là que je me rends compte que j’ai marché jusqu’en bas, et que j’ai complètement oublié de me faire porter sur les épaules de Papa ! Je suis trop bête ! Bon, la prochaine fois qu’on fait une randonnée, il faudra pas que j’oublie, c’est quand même moins fatiguant !
C’est beau les vacances avec les parents, mais c’est mieux sans les guêpes.

 

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