Petite Binh

Maman, grande travailleuse, éternelle voyageuse… mais aussi chercheuse de gens, de rencontres, d'humeurs, de couleurs et d'espoir d'un monde meilleur… utopique pragmatique?? "La vie c'est comme une pastèque… il faut l'ouvrir pour savoir si elle est jolie…" (in "Caramel" film de Nadine Labaki – Liban- 2007)

Cher Jean-Marie Gustave 11 octobre 2008

Classé dans : Un moment avec eux - Portraits instantanés — petitebinh @ 21:26
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Cher Jean-Marie Gustave,

Depuis déjà quelques semaines, votre dernier livre est sorti en librairie… Comme une friandise que l’on se promet pour plus tard, j’ai attendu avant de l’acheter… puis, je l’ai gardé encore quelques jours au fond de mon sac, prolongeant encore un peu l’attente, avant le plaisir de vous retrouver.  Hier soir, je me suis lancée, j’ai ouvert votre nouveau roman et m’y suis plongée avec délice et curiosité.  Dès les premières pages, j’ai retrouvé votre style, unique, inimitable, fait à la fois de poésie, de nostalgie et de descriptions évocatrices… et je me suis endormie avec ce bonheur en tête.
Ce matin, à l’aube, à l’arrière d’un taxi parisien, j’entends à la radio que vous venez de recevoir le Prix Nobel de littérature.
C’est bête, j’en conviens, mais je me suis sentie à la fois heureuse (et cette bonne nouvelle a littéralement illuminé ma journée) et fière. Fière bien sûr de vous (mais là, vous êtes évidemment mieux placé que moi pour l’être), fière aussi des hommes (enfin de ceux du jury), qui ont récompensé mon écrivain « préféré » (même si ce mot ne veut pas dire grand chose), et qui ont, par leur geste,  su donner une dimension universelle à votre œuvre.
Evidemment, vous allez recevoir des milliers d’hommages, vous allez être encore plus reconnu, vous ne manquerez pas de passer dans un nouveau stade de la scène médiatique.
Mais pour moi, vous resterez toujours l’homme qui m’a ouvert une voie toute spéciale de la littérature, l’écrivain qui a contribué à faire de moi une lectrice assidue, passionnée et curieuse de toujours plus de découvertes.
Fan ? Est-ce le mot qui me caractérise ? Je ne sais pas trop. Disons plutôt que vous tenez une place ma vie, et que vos récits font partie de  mon histoire.
J’avais 13 ans, je crois, lorsque j’ai lu « Désert ». Je n’oublierai jamais les sensations de fièvre qui sillonnent ce roman, la fuite éperdue des touaregs, le désespoir, l’injustice, les danses tribales. Pour la première fois, j’ai ressenti dans mon cœur que la littérature et un récit pouvaient participer à la transmission de valeurs, à la compréhension des autres et au partage d’une humanité commune… difficile à expliquer, pour moi qui ne suis pas écrivain ! J’ai parcouru encore et encore ce livre, repassant d’une époque à l’autre, ressentant presque physiquement les liens entre ces 2 personnes, partageant une même histoire, bien que vivant des époques différentes. J’ai recopié des extraits, ceux qui me touchaient le plus, et dont je n’arrivais pas à me détacher, pour mieux les comprendre, parce que chaque phrase apportait du sens.
Je n’ai jamais oublié Lalla.

Quelques années plus tard, j’ai passé quelques semaines au Niger, j’y ai rencontré de vrais Touaregs, devenus des amis « intimes » de mon frère. Ils vivaient dans les alentours d’Agadès, et derrière leur foulards bleus et leurs yeux noirs, j’imaginais des mystères, je tentais d’appréhender à travers leurs si rares paroles leur culture qui m’est si lointaine. Je pensais alors à vos livres, et je les ai beaucoup aimés, sûrement un peu mieux,  grâce à vous.
Je ne citerai pas tous vos livres, dont certains m’ont marquée bien sûr plus que d’autres. Ils sont dans ma bibliothèque, je les feuillette souvent.  Je les ai méthodiquement offerts, partagés, conseillés à tout mon entourage et j’attends avec bonheur de pouvoir les lire ou les donner un jour à mes enfants.
De ces lectures dispersées sur une vingtaine d’années, je garde le souvenir de moments magiques diffus :  la sensation de la lumière qui aveugle, le soleil qui tape littéralement, les nages dans des eaux claires, les rues étroites de Nice, des sécheresses dangereuses, et surtout, des sentiments, d’une intensité et, parfois, d’une violence inouïes.
J’ai mieux compris grâce à vos mots, les distances entre les personnes et les fossés potentiels entre les cultures, lorsque l’on fait comme si nous étions tous pareils ; mais j’ai mieux compris aussi les rencontres impromptues, parfois improbables, alors que l’autre vient simplement à nous.
Avec vous, Joseph Kessel, Michel Tournier, Ernest Hemingway, Romain Gary et Victor Hugo, en lien avec l’éducation que j’ai reçue, je sais pourquoi j’ai envie d’un monde plus ouvert, plus tolérant, plus fraternel. Je sais pourquoi j’essaye d’y participer chaque jour, au-delà des simples principes et des idéaux. Pourquoi ça ne me paraît pas niais mais au contraire vital.
Voilà pourquoi, M. le Clézio, je me permets de vous appeler par vos prénoms, et de vous considérer comme cher.
Merci, infiniment, pour tout

 

One Response to “Cher Jean-Marie Gustave”

  1. ron Says:

    ce qui est merveilleux avec toi c’est que je te redécouvre tous les jours et tes textes en sont la parfaite illustration!

    ron


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