Petite Binh

Maman, grande travailleuse, éternelle voyageuse… mais aussi chercheuse de gens, de rencontres, d'humeurs, de couleurs et d'espoir d'un monde meilleur… utopique pragmatique?? "La vie c'est comme une pastèque… il faut l'ouvrir pour savoir si elle est jolie…" (in "Caramel" film de Nadine Labaki – Liban- 2007)

Les duduches 9 septembre 2010

Elles ont une démarche déguingandée, leurs jambes sont interminables. Leur taille immense renforce leur aspect déjà longiligne, et peut parfois leur donner un allure subtilement maladroite, à l’image de nobles échassiers.

Maria, Dinara et Venus sont mes duduches préférées.

J’admire leur physique si particulier qui paraît sûrement un peu incongru dans la vie de tous les jours. Peut-être ont elles été gênées dans leur jeunesse, de dépasser systématiquement tous les autres, lors des photos de classe, lors des boums entre copains, lors des attroupements de rue.. Elles imaginaient sûrement que l’on ne voyait qu’elles, et elles détestaient peut-être ce corps, qui dépassait tous ceux de leurs congénères, fussent-ils masculins.

Aujourd’hui encore, on les imagine légèrement empruntées, leur sac Gucci au bras, dans leur robe de cocktail, pas forcément dessinée pour ces morphologies un peu hors normes, lors de soirées VIP auxquels leurs sponsors ne manquent pas de les inviter.

Mais dès qu’elles entrent sur le court, elles sont dans leur élément. Leur corps est rendu visiblement sublime par d’improbables tuniques à dentelles chatoyantes, inspirées de la plus sexy des lingeries et que personne n’oserait mettre. Elles rayonnent.

Leur taille ici les avantage : elle leur apporte une puissance supplémentaire, et récompense les plus hardies lorsqu’elles s’aventurent jusqu’au filet, en leur procurant une allonge inatteignable pour les plus communes de leurs consœurs.

Elles ont une hargne sans nom, elles ne lâcheraient jamais un point, serait-ce pour ménager la susceptibilité de leur adversaire. Dans les premiers tours des tournois majeurs, leurs matchs, à leurs yeux, devraient être pliés en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, les laissant balayer le menu fretin d’un revers de raquette. Car pour elles, les choses sérieuses commencent aux alentours des ¼ de finales. Alors, c’est l’adrénaline qui monte doucement, jusqu’à la finale et l’excitation ultime. Le défi de battre leurs égales pour inscrire leur nom au palmarès, et soulever la coupe, le sourire de la vainqueure aux lèvres, les yeux pétillants de fierté, devant un parterre de photographes venus du monde entier.

Elles font preuve pour cela d’une volonté sans faille, qui ne connaît pas la fatigue, oublie la douleur, surmonte sans répit les blessures,  et les pousse parfois au sommet de leur art. A renfort de cris stridents, poussés quasiment à chaque frappe, les yeux rivés sur la balle, le regard rageur et la moue facile, elles contribuent à écrire l’histoire de leur sport, du haut de leur presque-double-mètre, devant mes yeux ébahis et fanatiquement admiratifs.

 

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