TGV Marseille – Lille / Gare d’Aix en Provence-TGV/ Un Vendredi soir – 17h45.
Ils sont jeunes, magnifiques, pimpants et amoureux.
Elle est la typique jeune femme de centre ville, une vingtaine d’années, ostensiblement aisée, à la pointe de la mode : petite jupe fleurie sur jambes fluettes, bottes montantes en cuir, perfecto en cuir bleu, on l’imagine sans peine avec son sac à main coincé au creux de l’avant-bras, réajuster ses Ray-Ban avant d’entrer dans une petite Golf décapotable. Un minois fin, des yeux bleus, de magnifiques cheveux souples et ondulés, un regard direct, elle rayonne de l’assurance de ceux qui savent que leur vie sera facile et agréable.
Il ne doit être beaucoup plus âgé qu’elle, même si on l’imagine plutôt jeune financier ou cadre administratif, qu’étudiant. Il sort visiblement du travail. Il porte un magnifique jean de marque, agrémenté d’une élégante veste qui souligne de fines hanches, ainsi qu’un sac en bandoulière, à l’intérieur duquel on devine l’attirail complet, de l’ordinateur portable au caque de musique High tech, sans oublier l’I-Phone bien sûr.
Il prend le train, elle l’accompagne. Ils se tiennent sur le quai, éplorés.. et c’est la pure désolation. Elle pleure à chaudes larmes, il la console comme il peut, en la serrant dans ses bras. Il ne peut se résoudre à la quitter, alors qu’un ultime appel de micro enjoint les passagers à monter dans le train.
Cette scène se joue sous les yeux admiratifs, envieux, attendris (c’est selon), des passagers déjà installés dans la rame. Leur beauté juvénile clinquante, assortie du romantisme de la scène, a quelque peu stoppé leur activité fébrile et fatiguée de fin de semaine, en en renvoyant plus d’un, au souvenir ému d’anciennes amours ardentes et juvéniles.
Finalement, ils parviennent à se quitter, non sans un dernier baiser digne d’un film de Lelouch. Le jeune homme s’asseoit à sa place, sans la quitter des yeux, et lui envoie de derniers baisers au travers de la vitre. Elle lui répond, en ravalant ses derniers sanglots.
Le train s’ébranle, et la vie reprend vite son cours. Les uns activent leur ordinateur, baladeur numérique, téléphone portable. Les autres se plongent dans romans ou magazines. D’autres encore cherchent le sommeil, alors que de jeunes parents occupent leur progéniture, entre jeux pédagogiques, friandises, feutres, doudous et biberons.
Le train file à toute allure à travers la nuit tombante. Les gares défilent, déversant ça et là leur contenu, et ingurgitant de nouveaux voyageurs : Avignon, Valence, Lyon, Marne la Vallée, Roissy.
Il est 22h20. Le wagon est maintenant bien plus vide. Les derniers voyageurs à destination de Lille ont les traits tirés par cette longue journée qui s’achève. Regards complices entre travailleurs-voyageurs, dont la vie s’égrène au travers de levers à l’aube, de réunions qui s’enchaînent et de sandwichs de gare :
- « Vous avez goûté nouveau le Menu Wrap du Wagon-restaurant ?
- Non, moi je reste fidèle à la quiche lorraine, je la trouve étonnamment croustillante, et la béchamel est excellente
- On a de la chance il est à l’heure aujourd’hui !
- Vous l’avez dit! Je l’ai pris quatre fois depuis 2 semaines, et c’est vrai qu’entre les grèves et les retards… »
Le train arrive enfin. L’entrée dans la gare de Lille-Europe est toujours spectaculaire. Après s’être faufilé au milieu de toutes les enseignes de l’agglomération (parmi les inévitables banques et assurances, Castorama a l’enseigne la plus voyante, mais les nouvelles lumières du Casino Barrière lui font ombrage, alors que le Crown Plaza Hotel impressionne avec ses 4 étoiles…), le TGV s’engouffre dans un tunnel en faisant crisser ses freins, avant de s’arrêter net au beau milieu de la gare Lille-Europe, illuminée, toute en verre. A l’usage, on la sait traversée toute l’année par un courant d’air géant, ouverte à tous les vents glaciaux d’hiver, mais la première fois, on ne peut qu’être impressionné par l’urbanisme moderne et minéral de cette gare.
Chacun prépare ses affaires, enfile sa veste et attend sagement l’ouverture des portes.
C’est alors que notre beau jeune homme, qui était parmi les premiers à sortir, saute du wagon et plonge dans les bras d’une sublime jeune femme aussi blonde que l’Aixoise était brune, sous les yeux ébahis et médusés de ses compagnons de voyage. Elle accroche ses bras à son cou, il la fait décoller en tournant sur lui-même. Elle est radieuse et heureuse de le retrouver. Il lui chuchote des mots que l’on imagine doux à l’oreille, et tous deux repartent, bras dessous-bras dessous, jeunes, magnifiques, pimpants et amoureux.
Dommage que le Goncourt vienne d’être attribué, tu vas devoir attendre l’année prochaine !
Très beau texte et jolie petite histoire bien stimulante (est-ce que je serais capable de faire la même chose que ce jeune homme, moi ?)
C’est chouette que tu continues à écrire. Vivement la prochaine !
Qui sait ce que fait la petite aixoise, l’important c’est d’aimer, après dans quel ordre? c’est affaire de goût et d’organisation….c’est l’intérêt du TGV on ne perd pas de temps.