Longtemps, pour eux, les voyages avaient été géographiques. Ils avaient arpenté une petite partie du monde, sac au dos, comme il se doit à leur âge. Ils avaient voulu découvrir de nouveaux horizons et aller à la rencontre d’autres peuples ; et même si ces voyages n’avaient peut-être pas tout à fait répondu à leur rêve d’une humanité égalitaire et unie, ils avaient bel et bien « formé leur jeunesse ».
Mais de soudains et nombreux aléas de la vie leur avaient fait comprendre qu’il y avait d’autres voyages, de ceux dont on parle peu, mais qui marquent à jamais. Happés par des drames qui s’étaient imposés à leur, jusqu’alors, douce et heureuse vie, ils avaient dû emprunter de longs, douloureux et pénibles cheminements intimes, soulevés par des forces acharnées et imprévisibles qui semblaient ne jamais faiblir. Ils avaient dû remonter des pentes de peine infinie, qui ne cessaient de se recreuser, laissant à peine place à quelques furtives éclaircies.
Telles leur paraissaient se résumer les dernières années, au quotidien d’une apparente normalité, mais régulièrement ponctué d’événements malheureux, de tracasseries inutiles, d’attentes fébriles et d’abîmes de désespoir.
L’orage était-il passé ? Retrouveraient-ils jamais la sérénité d’antan? Ressentiraient-ils à nouveau cette impression de bonheur parfait, sans tâche, qui avait pu autrefois les combler, fût-ce pour quelques instants?
Si l’âpreté des expériences récemment vécues les avaient indubitablement changés, arriveraient –ils à les surmonter, à en ressortir grandis ou meilleurs, ou plus forts, comme le clamaient les morales des plus anciennes fables ?
Seraient-ils toujours unis, complices, facilement sur la même longueur d’ondes ?
Ce matin-là, alors qu’elle étendait consciencieusement le linge, les notes apaisantes de la chanson « Long way home » s’égrenèrent dans la pièce ; imperceptiblement tout d’abord, puis de manière aigüe et tout à fait impromptue, elle sentit poindre en elle comme un volatil espoir.
Après ce long et douloureux voyage, le port était peut-être en vue. De retour au pays, entourés des leurs, armés d’amour, de courage, portant leurs bagages (lourds, magnifiques, colorés, dépareillés, utiles, riches), ils allaient retrouver un sentier familier, peuplé d’habitants amis, parsemé de senteurs acidulées et de lumières chaleureuses.
Sur le chemin du retour chez soi, du retour en soi.
LONG WAY HOME
Well I stumbled in the darkness
I’m lost and alone
Though I said I’d go before us
And show the way back home
There a light up ahead
I can’t hold onto her arm
Forgive me pretty baby but I always take the long way home
Money’s just something you throw
Off the back of a train
Got a head full of lightning
A hat full of rain
And I know that I said
I’d never do it again
And I love you pretty baby but I always take the long way home
I put food on the table
And roof overhead
But I’d trade it all tomorrow
For the highway instead
Watch your back if I should tell you
Love’s the only thing I’ve ever known
One thing for sure pretty baby I always take the long way home
You know I love you baby
More than the whole wide world
You are my woman
I know you are my pearl
Let’s go out past the party lights
Where we can finally be alone
Come with me and we can take the long way home
Come with me, together we can take the long way home
Tom Waits
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